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Pourquoi les croisades étaient totalement justifiées ?

« Que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement et achète une épée. »

— Jésus Christ (Luc 22 : 36)

C’est la lâcheté qui permet au tyran de prospérer.

Un seul individu qui ose dire la vérité est capable de renverser un pouvoir illégitime et autoritaire. Même si souvent, il doit le faire au sacrifice de sa vie.

L’histoire nous donne plusieurs exemples de ces martyrs : Socrate, Jésus Christ, Giordano Bruno, Ghandi, Mandela, Soljenitsyne…

La plupart préfèrent se conformer à la pression sociale, et à l’autorité.

Ils ont peur du lynchage, et perpétuent donc le mensonge sur lequel repose la tyrannie (et sans lequel elle ne peut exister).

Mais si ces exemples de sacrifice sont si extrêmes, et si héroïques, c’est parce que les gens du quotidien avaient abdiqué leur responsabilité individuelle : celle de dire la vérité.

La stabilité et la légitimité des systèmes reposent sur l’intégrité de l’individu.

Le tyran n’est que l’incarnation de la corruption qui existe à toutes les échelles de la hiérarchie sociale.

C’est facile de blâmer toute la responsabilité sur lui. Ça l’est beaucoup moins de regarder le mal en Soi.

Le mensonge a des conséquences : l’enfer (sur terre, pas que dans la vie d’après).

La liberté d’expression n’est pas un droit, c’est un devoir.

La guerre idéologique

Pourquoi choisir de parler des croisades ?

Parce qu’il s’agit bien souvent d’un sujet très mal représenté.

De nombreux efforts propagandistes ont tout fait pour peindre un tableau à charge de ces guerres saintes.

L’occident, qui doit constamment s’excuser de sa domination et de son rayonnement (qu’ils soient militaires, culturels, économiques, ou technologiques), doit également renier son passé épique et héroïque.

Si nous avons le droit de raconter notre histoire, elle doit forcément l’être de façon négative.

Elle doit montrer à quel point les Européens étaient avides de pouvoir et de richesses, tyranniques, barbares, fanatiques, superstitieux et arriérés.

(Freud dirait que, par projection, on voit en autrui ce qu’on est incapable de voir en soi-même.)

Jamais elle ne doit conter les exploits des grands hommes du passé, leur héroïsme, leurs faits d’armes, leur bravoure, et leur sens du sacrifice.

Tout est fait pour humaniser l’ennemi, tout en s’autodévalorisant.

Que ces efforts propagandistes viennent de l’adversaire, n’est pas étonnant. C’est au contraire de bonne guerre de chercher à manipuler l’opinion en sa faveur, pour légitimer sa politique.

C’est en revanche moins évident lorsque quand la critique malhonnête, et idéologiquement possédée, vient de l’intérieure.

Pourquoi tant d’Européens détestent leur histoire, leur culture, et leurs héros ?

Les plus cyniques répondront : parce qu’ils étaient totalitaristes, inquisiteurs, violents, oppresseurs… Les postmodernistes rajouteront à ces adjectifs : racistes, intolérants, patriarcaux, masculinistes, toxiques et sexistes.

À cela je répondrais, premièrement : les époques passées étaient infiniment plus rustiques qu’aujourd’hui (2026). Ces états d’être étaient quasiment normaux et universels. (L’humanisme post-moderne n’est possible qu’avec la paix, et la sécurité apportées par le sacrifice colossale des anciens ; et l’héritage philosophique chrétien.)

Deuxièmement : si l’argument est éthique et moral, alors il est clairement en faveur des Européens, et du christianisme. Pour rappel, c’est le Christ qui dit qu’il faut aimer ses ennemis… pas ses adversaires. Ce sont les Européens les premiers à avoir interdit l’esclavage (qui était aussi universel et normal dans l’ancien monde), et aussi, au passage, à avoir inventé les droits de l’homme, et la liberté d’expression.

La réponse à cette question de savoir pourquoi tant d’Européens se détestent autant, eux-mêmes et leur culture, est en réalité psychologique.

Excusez-vous d’avoir colonisé, et d’avoir collaboré sous occupation, mais continuez à tolérer qu’on vous traite de fascistes.

Peu importe le motif de la culpabilité, l’important c’est de se sentir coupable, et de s’en repentir en s’autoflagellant cinq fois par jour.

Agenouillez-vous devant les victimes, et les perdants de l’histoire… parce que celui qui gagne ne peut le faire qu’en trichant, ou en abusant.

Cette dynamique psychologique, Nietzsche, le philosophe qui l’avait très bien comprise, l’appelait : la morale des esclaves.

La morale des esclaves

Ce concept clé permet de comprendre la maladie qui ronge l’occident depuis si longtemps, et qui est responsable de son suicide progressif.

La nature est compétitive et s’organise en hiérarchies.

Au jeu de la vie, il existe des perdants (ceux au bas de l’échelle sociale) et des gagnants (ceux qui sont au sommet, qui ont le pouvoir, et les ressources).

Si les gagnants gagnent, c’est grâce à ce que Nietzsche appelle la morale des maîtres. C’est parce qu’ils sont pleins de vitalités, et que les valeurs qu’ils incarnent sont la force, la combativité, le courage, l’abnégation, la volonté, la discipline, la détermination, le sacrifice, l’optimisme, l’enthousiasme, la foi…

Le perdant, lui, n’a pas cette vitalité, et cette volonté de puissance. Toutes ces vertus citées lui sont étrangères, et il est incapable de faire cet effort moral, pour peut-être un jour s’élever.

Il est mauvais au jeu de la vie, et au lieu d’essayer de devenir meilleur, il se plaint, et préfère dire que le jeu est truqué, et que les règles sont injustes (justement pour justifier sa médiocrité).

Le perdant va inventer la morale des esclaves (basée sur le ressentiment qu’il a envers le gagnant) et renverser les valeurs.

Puisqu’il est incapable d’être fort, il va dénoncer la force comme tyrannique.

Puisqu’il est incapable de se battre, il va renoncer lâchement à la violence légitime, et prôner plutôt la compassion, le partage, la passivité, l’humilité, le pardon, l’obéissance, la victimisation, le nihilisme…

Par un habile et mesquin stratagème (inconscient) l’esclave déguise la faiblesse en idéal moral.

Il défait le fort non par la lutte, mais réussissant à le faire culpabiliser de sa force, et de ses victoires.

Cette maladie, qui trouve ses germes dans les développements tardifs du christianisme, est responsable de cette vision biaisée de l’histoire, mais aussi de la politique actuelle.

Le lâche a réussi à imposer sa lâcheté comme une vertu.

Et ainsi, il finit par détruire tout ce qui a fait la grandeur de notre civilisation.

Mais quand l’ennemi sera aux portes de la ville, il ne faudra pas compter sur lui pour défendre la cité.

Contexte historique

Pour comprendre les enjeux des croisades, il faut les replacer dans leur contexte historique.

Souvent, elles sont narrées comme des guerres colonisatrices, qui avaient pour but d’imposer, par la force, le christianisme. Les croisés, dans cette interprétation, n’étaient que des fanatiques religieux, qui ne cherchaient qu’à étendre leur pouvoir, leurs territoires, et leurs richesses.

Mais cette vision est totalement biaisée.

La vérité, c’est que les croisades sont une réponse légitime à une série d’agressions étalées sur plusieurs siècles.

Pour comprendre cela il faut regarder les cartes des civilisations qui ont précédés celles du moyen âge.

L’Empire romain à son apogée (117 ap. J.–C.) s’étend du Portugal actuel jusqu’à l’est de Iran. Il comprend l’Angleterre, la France, la Roumanie, le Maroc, la Turquie, l’Algérie, la Libye, l’Égypte, l’Irak, une partie de l’Arabie, la Palestine…

En 395, l’Empire sera divisé en deux :

  • À l’ouest, l’Empire romain d’Occident (dont la capitale sera Rome).
  • À l’est, l’Empire romain d’Orient, aussi appelé l’Empire byzantin (dont la capitale sera Constantinople).

Le 4 septembre 476 marque la chute de l’Empire romain d’occident, qui cède face aux invasions barbares venues du nord-est.

La partie ouest de l’Empire s’effondre, et l’Europe entre dans la période sombre du Moyen-Âge.

Les terres sont divisées en plusieurs tribus germaniques :

  • Les Francs au nord.
  • Au sud-ouest les Wisigoths.
  • À l’est les Alamans.
  • Dans la vallée du Rhône les Burgondes.
  • En Afrique les Vandales.
  • En Italie les Visigoths et les Lombards.

On estime que l’histoire de France commence à la naissance du royaume Franc, permise par le roi Clovis (466 – 511) qui va unifier une grande partie du territoire.

À sa mort, sa dynastie, dite Mérovingienne, va s’affaiblir pour laisser place à celle dite Carolingienne, fondée par Pépin le Bref (714 – 768), fils de Charles Martel (688 – 741), renommé pour avoir notamment repoussé l’invasion musulmane à la bataille de Poitiers en 732.

Charlemagne (742 – 814) qui succèdera à Pépin (son père), va considérablement étendre le territoire, au point de restaurer l’Empire romain, dont il sera couronné empereur par le pape en 800.

À la fin de son règne, son empire sera divisé entre ses trois petits fils, lors du traité de Verdun :

  • Charles le Chauve recevra la Francie occidentale,
  • Lothaire, la Francie médiane,
  • Louis le germanique, la Francie orientale.

(Ce partage sera à la source de conflits futurs qui dureront jusqu’au XXe siècle.)

Le pouvoir carolingien va progressivement s’affaiblir, jusqu’à n’avoir plus d’héritier direct.

Sera alors élu un nouveau roi, Hugues Capet (939 – 996) qui amorcera la dynastie des Capétiens, qui durera jusqu’en 1792.

Une nouvelle menace

Qu’en est-il de l’Empire romain oriental ? Comment, lui, a-t-il évolué pendant ce temps ?

La partie est de l’Empire continue à fleurir même après la chute de sa moitié.

Sous l’empereur Justinien (482 – 565), nombre de territoires tombés sont reconquis. L’Afrique du Nord, l’Italie et le sud de l’Espagne réintègrent l’empire.

À partir de VIIe siècle, une nouvelle menace va naître dans la péninsule arabique.

Une nouvelle religion commence à totalement bouleverser le monde chrétien.

Mahomet (570 – 632) un chef religieux, politique et militaire, arrive à unifier l’Arabie.

Les caliphats qui lui succéderont vont rapidement conquérir les territoires bizantins.

À son apogée les territoires musulmans s’étendent de l’Espagne actuelle jusqu’au Pakistan.

Les trois quarts du monde chrétien se font envahir, et ce qui reste de la chrétienté est réduit à l’Europe.

Ceux qui accusent les européens de colonisation oublient souvent que le noyau dur du christianisme se trouvait au Moyen-Orient, et en Afrique du Nord (la où les épopées bibliques se déroulent).

Les premiers chrétiens étaient orientaux et sémites. Ils étaient égyptiens, palestiniens, syriens, libanais…

Par exemple, Saint Augustin père de la théologie chrétienne, était un berber né dans l’Algérie actuelle.

Aujourd’hui, on pense souvent, à tort, que le christianisme est une religion occidentale. Mais les chrétiens germaniques, ne se convertissent que tardivement, et représentent que ce qui reste du monde chrétien après les conquêtes islamiques.

La réalité, c’est que le monde musulman a été en conflit avec la chrétienté pendant plus d’un millénaire, officiellement jusqu’à la chute de l’empire ottoman, après la Première Guerre mondiale, en 1924.

Mais officieusement, l’actualité géopolitique nous rappelle constamment que les vieilles rancœurs, et les désirs de revanche, existent toujours.

Les dernières opérations de l’Armée française (Chammal, Serval, Barkhane, Sentinelle), par exemple, étaient dirigées contre l’État islamique, et les djihadistes. Les États-Unis continuent à frapper au Moyen-Orient, tandis que l’occident entier doit anticiper les prochaines attaques terroristes.

Persécutions

Les premiers élans de l’expansion musulmane en Europe sont stoppés, entre Poitier et Tour, en 732, par Charles Martel, qui met fin durablement à l’invasion et aux raids.

Père de Pépin le Bref, c’est lui qui imposera la légitimité du pouvoir Carolingien.

Les troupes ennemies sont repoussées et contenues dans la péninsule ibérique.

Pendant les sept siècles qui vont suivre, ce territoire va être le théâtre d’une terrible lutte appelée la Reconquista (l’Espagne ne redeviendra chrétienne qu’en 1492, après la prise de Grenade).

À l’est, l’Empire byzantin, déjà affaibli avec ses guerres constantes contre les perses, est doublement menacé par les arabes qui montent du sud.

Ils profitent de cette faiblesse pour anéantir définitivement l’Empire perse, et causer d’énormes pertes chez les byzantins.

Constantinople est assiégé, en vain, en 674 et en 717.

Les deux principales religions de la région, le christianisme et le zoroastrisme, vont presque totalement disparaître, pour être remplacé par l’islam.

En 637, Jérusalem tombe aux mains des musulmans.

Le Saint-Sépulcre, tombeau du Christ, édifice le plus sacré pour la chrétienté, est rasé en 936.

Toute trace de la civilisation passée est systématiquement ravagée. Sous le règne d’Al-Hakim, par exemple, de l’Égypte à la Syrie, plus 30 000 églises et lieux saints sont détruits.

Les parties les plus anciennes, et les plus riches économiquement (et culturellement) du monde chrétien tombent définitivement.

Les peuples soumis sont massacrés, torturés, réduits en esclavage, ou convertis de force. Dans les meilleurs des cas, ils peuvent coexister en acceptant le statut inférieur de dhimmi, et l’impôt du non-musulman la jizya (les païens eux n’ont pas cette option).

Les exactions commises sur les chrétiens comprennent :

  • Viols de masse (indifféremment du sexe, ou de l’âge).
  • Enlèvement d’enfants.
  • Dépècement vivant.
  • Décapitations rituelles.
  • Castrations.
  • Circoncisions.
  • Crucifixions.
  • Immolations.
  • Écartèlement.
  • Empalement.
  • Emmurement.

Même dans un Moyen-Âge habitué à la violence, le monde chrétien est profondément traumatisé par un tel niveau de barbarie. Et il comprend vite qu’il doit vite réagir s’il ne veut être totalement anéanti.

L’appel de Clermont

C’est dans ce contexte apocalyptique, où Byzance, qui continue à perdre du terrain, jusqu’au point de devoir céder l’Anatolie aux turcs, va demander de l’aide à l’occident.

Si l’Empire de l’est, qui sert de tampon à l’invasion, tombe, il sera la prochaine victime.

En 1095, après le concile de Clermont, le Pape Urbain II lance un appel à la résistance contre les turcs en Anatolie, à la libération des lieux saints, et des chrétiens d’Orient.

Les persécutions durent depuis trop longtemps, et le voyage est devenu impossible pour les pèlerins.

Jérusalem, et la route qui y conduit, doivent être libérées. Les guerres fratricides entre chrétiens doivent cesser, et les efforts doivent s’unifier contre un ennemi commun.

Ainsi nait l’idée de la première croisade. Elle est une réponse justifiée à plusieurs siècles d’agression.

Il ne s’agit pas d’un raid gratuit, visant à imposer le christianisme par la force, et à satisfaire la soif de pouvoir, et de richesse, de quelques seigneurs européens.

Il s’agit au contraire, de reconquérir les territoires perdus, qui formaient, encore récemment, le cœur de la civilisation chrétienne (les hommes qui y participeront commettront d’énormes sacrifices loin de chez eux).

Suite à l’appel de Clermont, plusieurs grands seigneurs se mobilisent.

Le 15 aout 1096, Godefroy de Bouillon (1058 – 1100), duc de Lotharingie, part à la tête d’une armée de 18 000 hommes vers la terre sainte (sans compter les pèlerins). Deus vult.

Descendant, de par sa mère, de Charlemagne et de Charles Martel, il marche avec son frère, Baudouin de Boulogne ; et est rejoint à Constantinople par Hugues de Vermandois, frère du roi de France (Henri Ier) ; Robert le Magnifique, duc de Normandie et fils Guillaume le conquérant ; Bohémond de Tarente ; Raymond IV de Toulouse…

Pour financer sa campagne, il vend toutes ses terres, en donne certaines au clergé, et se débarrasse de la plupart de ses possessions (y compris son château à bouillon).

Commence alors son périple qui le sépare de plus de 3000 kilomètres de la Terre sainte.

La reconquête de la Terre sainte

Les armées se rassemblent à Constantinople, dernier point de passage sûr avant de rentrer en territoire hostile.

Le 14 mai 1097, Nicée est assiégée et encerclée par plus de 100 000 hommes (certaines sources disent 600 000, en comptant les pèlerins, les femmes et les enfants). La ville tombe le 19 juin 1097.

Les croisées continuent leur route au sud. Ils subissent des embuscades (notamment à Dorylée), la chaleur, la soif et la faim. L’effet de surprise est passé. Ils comprennent qu’en armure lourde, ils doivent adapter leur stratégie face à une cavalerie légère, montée d’archers.

La prochaine cible est Antioche. Si la ville précédente était importante symboliquement parce qu’elle avait accueilli le concile de Nicée… Antioche, elle, l’est tout autant parce c’est ici que la dénomination de chrétien même a été décrété.

« Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens. »

— Actes 11 : 26

Le siège commence en octobre 1097, et durera des mois. La ville est fortifiée, et construite en hauteur sur des pentes abrutes. Elle dispose de remparts, et de 400 tours. Et surtout, les musulmans ont eu le temps de s’unifier, et de se préparer à l’assaut.

Le 3 juin 1098, la ville tombe, grâce à une brèche ouverte de l’intérieur par un capitaine musulman, converti de force, convaincu de coopérer par Bohémond.

Une fois libérée, de nombreux chrétiens exultant de joie à ne plus avoir à subir de persécutions, vont rejoindre les rangs de l’armée.

Mais le répit, et la célébration sera de courte durée.

Deux jours plus tard, 40 000 nouveaux ennemis, turcs, arabes, égyptiens, africains, et perses, réapparaissent aux portes de la ville, aussi rapidement que les anciens ont été vaincus.

Épuisés, à court de vivres et d’eau, la position défensive est intenable.

Après seulement quelques jours de siège, le reste de l’armée, très affaiblie, sous une terrible attrition, tente une sortie décisive.

20 000 croisés créent la surprise le 28 juin 1098, en chargeant hors des fortifications.

Les pertes sont lourdes, mais même avec l’infériorité numérique, la victoire est arrachée.

L’assaut final

Jérusalem n’est maintenant plus très loin.

C’est avec joie et révérence qu’elle est atteinte, le 7 juin 1099.

Sur le contingent initial, il ne reste que 1200 chevaliers, et 12 000 soldats d’infanterie. Les autres sont morts au combat, d’attrition, ou ont déserté.

Les premiers assauts sont infructueux face aux hautes fortifications.

Mais du matériel de siège sera livré d’Italie, par bateau, à Jaffa.

L’assaut final se déroulera le 14 juillet, et se terminera dans un carnage sanglant.

Mathieu d’Édesse chroniqueur de l’époque, affirme que dans un terrible élan de vengeance, 65 000 infidèles seront massacrés lors de cette victoire.

Après plus de quatre siècles d’occupation musulmane, la ville est enfin libérée, et réintègre la chrétienté.

Une élection est organisée pour désigner le gouverneur.

À l’unanimité, Godefroy est élu roi de Jérusalem. Étonnamment il semble presque déçu de la délibération. Son pèlerinage avait pour but la libération de la ville sainte, mais en aucun cas son occupation.

De plus, cette expédition express est toujours au cœur du territoire ennemi, et les assauts peuvent venir à tout instant, de tous les côtés.

Dans son humilité et sa ferveur religieuse, le duc acceptera cette responsabilité à une condition : celle de ne pas être couronné roi, mais d’accepter seulement le titre d’avoué du Saint-Sépulcre.

Une courte victoire

Quelques jours après la victoire, une nouvelle armée massive se présente.

Les turcs sunnites, et les fatimides chiites, pourtant en guerre depuis des années s’unissent pour prendre leur revanche sur cette humiliation.

Fidèle à sa stratégie offensive, au lieu de barricader la cité, Godefroy préfère la surprise, et sort des murs le 10 aout 1099.

Ses rangs, grandement affaiblis, ne comptent plus que 1 000 chevaliers, et 10 000 soldats d’infanterie.

En face, les sources varient : les plus modestes parlent de 30 000 combattants, les plus radicales en dénombre 300 000.

La bataille se déroulera à Ascalon.

Pris par surprise, et incapable d’anticiper l’audace d’une armée épuisée en infériorité numérique ; contre toute attente, Godefroy écrase son ennemi.

Ce dernier événement marquera la fin de la première croisade, et l’avènement des États latins d’Orient.

Peu de temps après la bataille d’Ascalon, la plupart des seigneurs francs, après avoir terminé leur pèlerinage et libéré la terre sainte, décident de rentrer chez eux.

Godefroy se retrouve seul, à la tête d’un tout petit état, au cœur d’un territoire ennemi, où les attaques peuvent survenir de tous les côtés.

Seulement un an après son avènement, il meurt, le 18 juillet 1100, dans des circonstances mystérieuses, sûrement de maladie, ou d’empoisonnement.

Son frère Baudouin Ier, lui succèdera.

Pendant toute leur existence, les États latins d’Orient vivent sous la menace, et les assauts constants des musulmans.

Stratégiquement, c’est une position indéfendable, mais la résistance est épique (plus tard lors de la troisième croisade, Richard Cœur de Lion, reconnaîtra, aux portes de Jérusalem, que la ville est intenable sans le contrôle du Sinaï égyptien).

Le plus bel exemple de cette détermination face à l’adversité est la bataille de Montgisard (1177).

Baudouin IV, roi de Jérusalem, lépreux, à l’âge de 16 ans, va vaincre (en commandant ses hommes sur un brancard) avec seulement 500 chevaliers, une armée de 30 000 hommes (soit un ratio 60 contre 1).

Mais même ces victoires ne suffiront pas.

Le royaume de Jérusalem retombera complètement aux mains des musulmans en 1292, après la chute d’Acre.

La fin de Byzance

La première croisade sera la seule qui arrivera au bout de ses objectifs.

Les sept prochaines qui vont suivre seront soit des échecs totaux, soit des victoires partielles.

SeigneursDatesFinalitésRésultats
1èreGodefroy de Bouillon, Bohémond de Tarente, Raymond IV de Toulouse.1096–1099Prise de Jérusalem, fondation des États latins.Succès total.
2èmeLouis VII de France, Conrad III d’Allemagne.1147–1149Échec total ; arrêté Damas.Échec.
3èmeRichard Cœur de Lion, Philippe Auguste, Frédéric Barberousse.1189–1192Prise de Saint-Jean-d’Acre.Succès partiel.
4èmeBoniface de Montferrat, Enrico Dandolo.1202–1204Détournement : sac de Constantinople.Échec.
5èmeAndré II de Hongrie, Jean de Brienne.1217–1221Défaite en Égypte.Échec.
6èmeFrédéric II.1228–1229Jérusalem conquise diplomatiquement.Succès partiel.
7èmeLouis IX.1248–1254Défaite en Égypte.Échec.
8èmeLouis IX.1270Dysenterie à Tunis, mort du roi.Échec.

Jérusalem restera musulmane jusqu’en 1917 (où elle passe sous mandat britannique), à part pour quelques années, lors de la 6ème croisade, où Frédéric II arrivera à négocier son administration par voie diplomatique.

Après 1292, le Proche-Orient étant sécurisé, les trucs continuent leurs conquêtes initiales, avec toujours le même objectif en tête : Constantinople.

La capitale tombe aux mains des ottomans en 1453, sept siècles après son premier siège en 674.

L’Empire byzantin s’effondre après plus de onze siècles d’existence (quatorze si on inclut l’empire romain).

La porte de l’Europe étant franchise, les Balkans sont les prochaines victimes.

Les musulmans sont maintenant au centre de l’Europe. Ils seront repoussés à Viennes, qu’ils tenteront d’assiéger à deux reprises en vain, une fois en 1529, une autre en 1683.

Ce nouvel empire, qui s’étend de la Hongrie jusqu’à l’Algérie actuelle, va s’affaiblir à partir de ces échecs.

Il perdra des territoires, puis s’effondrera totalement à la fin de la Première Guerre mondiale, suite à son alliance avec l’Allemagne.

L’héritage des croisés

Militairement, dans leur ensemble, les croisades sont un échec.

Stratégiquement, elles sont un enfer logistique. Le ravitaillement vient de trop loin, les territoires conquis n’ont pas le temps d’être renforcés, l’encerclement ne permet aucun point de repli…

Les troupes doivent parcourir des milliers de kilomètres avant d’entrer, en profondeur, déjà épuisé, en pays ennemi, en infériorité numérique, face à une nature impardonnable.

Même si on peut saluer leurs efforts héroïques, et la bravoure de leurs combattants, les objectifs initiaux seront rarement atteints (et lorsque c’est le cas, les positions ne sont tenues que peu de temps).

Elles auront tout de même le mérite de ralentir la conquête musulmane de l’Europe.

Indirectement, ce conflit de civilisation unira l’occident dans une identité commune, et mettra fin temporairement aux guerres intestinales entre seigneurs chrétiens.

Les turcs qui bloquent les voies commerciales vers l’Asie obligent également les européens à trouver de nouvelles routes.

Sans cette contrainte, jamais la conquête de l’Amérique, et le développement des colonies n’auraient eu lieu.

Un autre héritage que l’on doit aux Templiers est le système bancaire.

La plupart des pèlerins se faisant voler, ou assassiné pendant leurs périples.

Transporter de l’or, ou des biens, était extrêmement dangereux.

C’est donc en réponse à ce problème, que les dépôts sécurisés, et les lettres de change (ancêtre du chèque) furent inventés.

Mais outre ces changements matériels, une autre transformation spirituelle va complétement bouleverser la psychologie des occidentaux.

En effet, peu de gens savent que c’est pendant les croisades que naît l’idée d’individualisme.

La naissance de l’individu

En 1144, la ville d’Édesse tombe sous son siège, et son comté retourne sous domination musulmane.

Cet évènement déclenche une nouvelle vague de recrutement pour lancer la deuxième croisade.

Pour ce faire, le pape Eugène III, et le roi Louis VII vont commissionner un moins cistercien, Bernard de Clairvaux, qui va être chargé de propager un nouveau message.

Comment convaincre une paysannerie réluctante à la guerre, à tout quitter pour reconquérir la Terre sainte ?

En évangélisant une nouvelle forme de rédemption : un salut par l’action individuelle, plutôt que par une appartenance à une doctrine particulière.

Bernard de Clairvaux est un des premiers à développer l’idée du Soi.

C’est du moins la thèse d’un chercheur nommé Colin Morris, qu’il développe dans son ouvrage The Discovery of the Individual, 1050 – 1200.

L’individualisme, qui est encore aujourd’hui la principale caractéristique qui distingue l’occident du reste du monde (collectiviste), naît pendant ces appels aux croisades.

Même le mot « personne » n’apparaît dans le vocabulaire qu’à cette même période.

En réalité, le concept même d’individu n’existe pas dans l’antiquité.

Indirectement, il est créé en prêchant que le salut est quelque chose qui s’obtient par son propre libre arbitre, et non par le collectif.

Cette reformulation du dogme va complétement briser le consensus religieux, et différentes interprétations vont entrer en compétition.

Le doute commence à être permis.

Sans la naissance de ce Soi occidental, ni le rationalisme, ni la méthode scientifique n’auraient pu voir le jour.

Le christianisme venait de poser sa propre pierre d’achoppement, qui allait bientôt faire s’effondrer tout l’édifice de l’intérieur.

La deuxième vague d’affirmation du Soi viendra avec le protestantisme, qui prône la spiritualité comme un expérience personnelle, et qui marquera aussi les prémisses de la liberté religieuse.

Sans croisades, il n’y a pas de Soi. Sans Soi, il n’y a pas de liberté de pensée. Sans liberté de pensée, il n’y a pas de cartésianisme, ni de méthode scientifique (ni d’humanisme). Sans méthode scientifique, il n’y a pas de révolution industrielle. Et sans révolution industrielle, il n’y a pas de domination occidentale.

La vengeance mythique des Templiers

Les derniers croisés, les Templiers, finiront par être accusés d’hérésie.

Avec le proto-système bancaire qu’ils mirent en place, ils accumulèrent beaucoup de richesses, et de pouvoir.

Le roi Phillipe le Bel ne voyait pas cette montée en puissance d’un bon œil, et décida de les pourchasser.

Il les accusa d’idolâtrie, de magie noire, de sodomie, et d’adorer une figure occulte étrange (associé au diable à tort, ou à raison) nommée le Baphomet (et qui sera reprise récemment pour symboliser le satanisme).

Ici on rentre dans le domaine du mystère et de la spéculation.

Il est difficile de savoir si ces accusations sont fondées, ou si elles sont juste un stratagème diffamatoire pour éliminer des rivaux un peu trop puissants.

Est-ce que les Templiers pratiquaient réellement la magie, grâce à des secrets de sciences occultes, redécouverts lors de leurs périples en Terre sainte ? Et ces pratiques avaient-elles un rapport avec leur pouvoir et leur richesse ?

Après tout, le Moyen Orient est bien le berceau des religions, et des arts ésotériques…

Quoi qu’il en soit, après leur condamnation, les Templiers devaient, pour continuer à exister, forcément opérer en sous terrain, comme une société secrète.

En 1314, le dernier des Templier, Jacques de Molay, est finalement brulé vif.

On raconte que sur le buché, il maudit le roi et le pape. La même année, ils mourront, le premier d’une chute à cheval, le second de cause inconnue.

Une coïncidence étrange qui ne manquera pas de nourrir le mythe et les fantasmes.

Officiellement, même si l’ordre est dissout, il continue à vivre spirituellement à travers d’autres sociétés secrètes comme les Rose-croix, les Francs-maçons, ou les Illuminés de bavière.

Mais encore une fois, quand le motto de telles organisations est le secret, il est difficile de démêler le vrai du faux (surtout quand elles sont connues pour délibérément induire en erreur, et user de faux).

Il existe de nombreuses théories qui disent que la série de révolutions qui ont renversé les monarchies occidentales (et russe) sont en réalité des complots de telles sociétés secrètes.

Une autre légende raconte que lorsque l’on décapita Louis XVI en 1792, une figure mystérieuse, sortie de la foule, saisit la tête du roi, et cria : « Jacques de Molay, tu es vengé ! ».

Est-ce que les Templiers et leurs héritiers sont à l’origine de la Révolution française ?

Difficile à dire… même si le symbolisme franc-maçon orne la République dans ses moindres recoins, qu’ils soient architecturaux, ou philosophiques.

Conclusion

Pour comprendre le présent, il faut savoir d’où on vient.

L’histoire des croisades, et des défenseurs de l’occident permet d’appréhender les conflits présents, et nombre d’enjeux sociétaux actuels.

En étudiant les grands hommes du passé, on peut s’en inspirer, et aspirer à un idéal similaire.

Sans ces géants qui ont tout sacrifié pour leur civilisation, l’Europe serait tombée (comme le Moyen Orient, et l’Afrique du Nord sont tombés), sa religion serait musulmane, et on parlerait aujourd’hui arabe.

« Le christianisme n’a été sauvé en Europe que parce que les peuples d’Europe ont combattu.

Si les peuples d’Europe, aux VIIᵉ et VIIIᵉ siècles, et jusqu’au XVIIᵉ siècle inclus, n’avaient pas possédé une égalité militaire avec les mahométans qui envahirent l’Europe, puis progressivement une supériorité croissante sur eux, l’Europe serait à l’heure actuelle mahométane et la religion chrétienne aurait été exterminée.

Partout où les mahométans ont exercé un pouvoir complet, partout où les chrétiens n’ont pas été capables de leur résister par l’épée, le christianisme a finalement disparu. »

— Theodore Roosevelt (26e président des Etats-Unis)

De l’invasion de l’Espagne en 711, au siège de Vienne en 1683, des millions d’européens sont morts (ou pire) face à la menace djihadiste.

En réalité, ce conflit n’a jamais cessé.

Il se poursuit, au XIXème siècle, jusqu’aux États-Unis, avec les guerres barbaresques, contre les esclavagistes musulmans (esclavagisme d’ailleurs toujours perpétué).

Aujourd’hui, il prend la forme de la lutte contre le terrorisme.

Les chrétiens d’Afrique et du Moyen Orient continuent à subir des persécutions dans l’indifférence du monde occidental.

Par exemple, l’Égypte qui fut Copte à 90% fut un temps, ne l’est maintenant plus qu’à 5 ou 10%.

Personne ne semble se soucier des génocides africains lorsqu’ils sont perpétués par des musulmans.

Tout le monde s’en fou lorsque des fanatiques religieux, qui prônent ouvertement le nettoyage ethnique, massacrent 500 000 soudanais parce qu’ils n’ont pas la bonne ethnie, ou la bonne religion.

Quasiment aucun traitement médiatique pour les plus de 7 000 chrétiens exécutés au Nigeria par l’État islamique en 2025…

Dans leur petit confort moderne, les occidentaux ont oublié que la menace existe toujours.

Mais l’ennemi, ayant déjà perdu militairement, doit se rabattre sur des armes indirectes.

Le combat se fait maintenant principalement par la propagande idéologique, et l’infiltration des institutions.

On importe des millions de « réfugiés », qui ne s’intègrent jamais, qui font société à part, et qui s’allient avec l’extrême gauche, unis par la même haine de l’occident (et qui font ensuite bloc électoral aux élections).

On répond aux attaques terroristes pathétiquement en affirmant qu’ils « n’auront pas notre haine », pendant qu’en face ils rient de la peine des survivants, tout en considérant les attaques comme totalement justifiées.

On prône un islam modéré en surface, mais radical dans les coulisses.

On projette nos valeurs occidentales, sur des civilisations qui ne connaissent que le communautarisme.

On laisse des émeutes, provoquées par la mort de criminels, saccager le pays et coûter des milliards au contribuable.

On préfère envoyer l’artillerie lourde sur des agriculteurs qui crèvent de faim, plutôt que sur des narcotrafiquants qui financent le terrorisme, droguent la jeunesse, et rendent les quartiers invivables.

On se réjouit de notre ouverture d’esprit, et de notre tolérance face au remplacement de population.

Que penseraient ceux qui ont tout sacrifié pour que nous puissions être libre ? Ceux qui sont morts pour la France, pour ses valeurs, pour sa culture ?

Comment en est-on arrivé là ?

Par lâcheté.

Par ces idiots utiles, qui ne savent même pas qu’ils travaillent pour l’ennemi, et qui préfèrent le politiquement correct à la vérité.

Comment change-t-on la situation ?

En arrêtant d’être lâche.

Et en osant dire la vérité.

« Un mot de vérité pèsera plus que le monde entier. »

— Alexandre Soljenitsyne

Se taire, c’est être complice du tyran.

— Geoffroy

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Qui est Geoffroy Stec ?

Je suis designer et éditeur depuis 2018. J’aide les créatifs à monétiser leurs passions, et à construire des systèmes de rémunérations durables.


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